CHEMIN INTERIEUR
Retour en France après un long voyage : comment gérer le blues ?
Quand le voyage s’arrête, tout ne s’arrête pas pour autant…
Huit mois après avoir décidé de rentrer en France, on ne peut pas dire que ça a été les mois les plus faciles à gérer. Et si j’ai eu envie d’écrire cet article aujourd’hui, c’est justement pour ça et pour un partage un peu plus “personnel”, comme je n’en avais pas fait depuis un moment.
On prépare toujours le départ d’un voyage au millimètre : sacs, itinéraires, visas… mais on anticipe beaucoup moins ce qui nous attend après (et surtout on en parle beaucoup moins). Et pourtant, gérer le retour après un long périple, c’est tout un art. Comment réapprendre à vivre “normalement” ? Comment gérer ce décalage avec nos proches, la nostalgie, et parfois l’ennui, le doute qui s’installe ? Sans compter toutes les démarches : retrouver un travail (sauf si, évidemment, nous étions en congé sabbatique), un logement (si on avait délaissé le nôtre).
Bref, le retour à la réalité n’est jamais simple. Surtout qu’une fois passée l’excitation des retrouvailles avec les proches, chacun reprend le cours de sa vie et nous on se retrouve à se demander : « Et la mienne, elle en est où ? ».
Des retours, j’en ai déjà vécus… mais celui-ci était différent
Ce retour, j’y étais déjà plus ou moins préparée psychologiquement puisque ce n’était pas le premier pour moi. Mais celui-ci avait une saveur différente des autres.
Mon premier retour après mon PVT en Nouvelle-Zélande avait un goût amer car il n’était pas vraiment prévu au programme. J’étais triste, déçue de rentrer et j’avais l’impression d’être passée à côté de quelque chose. Ma situation personnelle ne m’avait pas laissé d’autres choix. Je suis restée un long moment à me morfondre chez moi, puis il a fallu rebondir et résultat, je suis repartie quelques années plus tard.
Pour ce deuxième retour, la raison a été un gros burn-out de voyage. Rentrer a été comme un second souffle (je t’invite d’ailleurs à lire cet article si tu ne l’as pas encore fait). Je ne vais pas épiloguer, mais ça a été ma meilleure décision pour tout un tas de raisons. Ce retour était une nécessité et je ne l’ai jamais regretté. Le temps était venu.
Jamais deux sans trois comme on dit… Mais pour ce troisième long voyage, après quinze mois passés à barouder, qu’est-ce qui aurait bien pu me faire vouloir rentrer ?
Pourquoi rentrer ?
Elle est là, la vraie question… pourquoi ? Encore maintenant, lorsqu’on me la pose, je t’avoue que j’ai encore du mal à vraiment y répondre sincèrement.
J’avais encore envie de voyager, mais au fond de moi, l’envie de rentrer était quand même un peu plus forte. Ce qui nous manque le plus bien souvent quand on voyage (et surtout quand on bouge pas mal), c’est cette “absence” de stabilité. C’est d’ailleurs ce qui m’avait fait littéralement péter un plomb lors de mon voyage en solo. Alors tu me diras : “oui mais de la stabilité et une petite routine, on peut en retrouver en voyage, il suffit de rester plus longtemps au même endroit.” Oui, c’est vrai, et je l’ai expérimenté. Mais ce n’est clairement pas la même chose. Ce n’est jamais vraiment comme se sentir “chez soi”, même si j’entends l’argument qu’être « chez soi” c’est finalement à l’intérieur de nous que ça se passe. Mais si tu voyages souvent, tu comprendras peut-être ce que je veux dire.
J’étais aussi partie pour en même temps me lancer au niveau professionnel. Et ça aussi, quand tu changes d’endroit tous les quatre matins, c’est plus compliqué que ça en a l’air. J’ai réussi à valider une formation supplémentaire en révisant dans mon van, mais je me sentais toujours le cul entre deux chaises. Quand je visitais, je culpabilisais de ne pas avancer sur mon projet pro, et quand j’avançais sur mon projet pro, j’avais l’impression de ne pas profiter de mon voyage. L’équilibre a été extrêmement difficile à trouver et j’ai commencé à rentrer dans un flou total. Puis quand j’ai commencé à bosser dans une ferme en Australie, là ça a été le pompon. Tous les matins je me demandais ce que je foutais là à cueillir des poivrons (même si ça payait largement plus que le yoga ahah) au lieu d’avancer dans ce qui était vraiment le plus important pour moi.
Avant de partir, on avait aussi défini notre itinéraire avec mon binôme. On avait convenu qu’on démarrerait par l’Asie et qu’ensuite on irait faire notre PVT en Australie. Arrivés proche de la fin, on n’avait pas franchement envie de renouveler pour une deuxième année là-bas. De toute façon c’était quasiment fichu pour moi du fait de mon vieil âge 🙂 J’avais très peu de temps pour me décider et surtout valider suffisamment de jours en ferme pour pouvoir le renouveler. Alors dans un sens, on était arrivés au bout. On aurait pu vouloir partir dans d’autres pays mais, en vrai, on commençait à être vraiment fatigués et pas sûrs qu’on aurait apprécié d’autres destinations à leur juste valeur.
Bilan : entre l’envie de se poser vraiment, l’envie d’avancer autrement au niveau pro (et de se refaire financièrement aussi) et la fatigue qui commençait à se faire sentir, tu mets toutes ces raisons dans un bol, tu secoues et ça en sort une conclusion : faire un break et rentrer (même temporairement).
Mais je peux te garantir que c’est toujours plus simple quand c’est un choix vraiment voulu.
Le retour : les retrouvailles… puis plus rien
Tout le monde, sans exception, a été bien surpris de nous voir. On ne l’avait annoncé à personne et on avait bien noyé le poisson, donc je te laisse imaginer leurs têtes. J’ai laissé mon binôme en région parisienne et je suis repartie dans le sud retrouver mes proches. Et comme je l’énonçais au début, une fois l’euphorie des retrouvailles passée, il reste… du vide. Beaucoup de vide.
On commence alors à se triturer le cerveau, à être légèrement irritable, à peut-être se dire qu’on a échoué en rentrant, à avoir la nostalgie du voyage qui s’invite dans la partie jusqu’à en regretter le retour, et bien souvent on n’a qu’une envie : repartir immédiatement. Mais en réalité, c’est la peur de l’inconnu qui parle, du nouveau qui va arriver et qu’on ne connaît pas encore.
C’est généralement dans cette période que le blues te percute aussi de plein fouet. Mais le tout, c’est de bien s’en servir.
Accepter le blues du retour
Oui, mon premier conseil, c’est de l’accepter. Tu passes d’une vie intense, riche en émotions, à un train-train quotidien. Tu as l’impression d’avoir vécu des trucs de dingue dont tu ne peux finalement pas trop parler (à part à la personne qui était avec toi), parce que tes proches ne l’ont pas vécu ou parce que, quelque part, ils s’en « fichent » un peu aussi, il faut le dire franchement. Pour eux, la vie a continué « normalement » pendant que tu n’étais pas là.
Et c’est souvent ce décalage, ce sentiment d’être un peu “incompris”, qui peut faire mal. Finalement, le plus dur, c’est de réapprendre à vivre normalement alors que nous, on n’est plus exactement la même personne qu’avant de partir.
Mais cette période, je la trouve plutôt bénéfique. Parce qu’elle permet de vraiment s’interroger sur la nouvelle direction qu’on veut prendre. Encore plus quand on a “plus rien”. Et quelque part, c’est plutôt une chance de pouvoir redémarrer de zéro (ou peut-être, l’ayant vécu tellement de fois, je me console en disant ça 😆), car finalement, ça laisse tout le champ des possibles.
Retrouver un équilibre : se créer un nouveau cap
Et c’est ce que j’ai fait une fois de plus. Pour moi, le seul moyen de bien gérer son retour, c’est d’avoir un but, un projet, un objectif précis pour pouvoir tout mettre en œuvre et avancer vers de nouvelles choses. Déjà ça occupe l’esprit, mais surtout ça permet de donner un sens à tout ce qu’on a vécu. C’est écouter tout ce qui a résonné en nous durant le voyage et le mettre enfin en application.
C’est recréer de la nouveauté dans son quotidien, prendre un petit temps de transition, et surtout accepter de ne pas forcément avoir à décider de tout, tout de suite (même si les proches peuvent mettre la pression avec leurs “et maintenant tu vas faire quoi ?”).
Pour le côté professionnel, c’est aussi se permettre de ne pas repartir dans d’anciens schémas qui ne nous conviennent plus, d’avoir un ou des objectifs clairs. Le mien l’était déjà quand j’ai quitté mon CDI avant de partir : je ne voulais plus jamais bosser pour personne. Et il l’était d’autant plus au moment de rentrer. Ma première étape a donc été d’enfin me lancer à mon compte. Mais après avoir lu et entendu pas mal de témoignages, beaucoup de voyageurs se reconvertissent bien souvent après leur retour.
Pour le logement, il n’y a pas 36 000 solutions. Soit on retrouve son logement si on l’avait conservé avant le départ, soit on est logé temporairement le temps d’accumuler suffisamment de bulletins de salaire pour pouvoir louer, soit il y a la solution des baux temporaires (une piste que l’on avait d’ailleurs étudiée durant l’Australie) ou bien reste l’ultime option si on en a la possibilité : l’achat.
Il faut vraiment étudier la question dès le départ et voir ce qui coïncide le mieux avec son objectif de vie à long terme. Le mien est bien pensé et crois-moi, l’étranger y a toujours une grande place. Ma vie, je ne la conçois pas totalement en France, j’en ai souvent parlé, mais il m’a fallu du temps avant de réellement me l’admettre. Seulement ça demande de l’organisation, une bonne stratégie, sortir réellement de sa sorte de confort et pas juste de tout plaquer. C’est aussi complètement différent de la simple envie de voyager.
Ce que le voyage m’a laissé… et qui m’aide aujourd’hui
De mon côté, je pense avoir fait le tour de ce que j’avais besoin de comprendre, de savoir et d’apprendre (même si ça c’est jamais vraiment fini). Mais, en tout cas, tous mes voyages ont fini par rendre mes envies beaucoup plus claires. C’est le côté positif bien souvent du voyage : on relativise plus, on prend conscience de ce qu’on veut, de notre façon de vivre et on l’ajuste.
C’est d’ailleurs une question que l’on me pose souvent : “Qu’est-ce que ton voyage t’a apporté ? Qu’est-ce que tu en retiens ?”
Mes voyages m’ont apporté beaucoup de résilience. Ils m’ont aussi permis de comprendre que le temps est précieux, que notre mode de vie en France est toujours trop dans le speed, qu’on ne vit pas vraiment, qu’on ne fait pas assez ce qui nous rend heureux… qu’on cherche plus à posséder plutôt qu’à profiter pleinement.
Et c’est toute cette « philosophie » sur la vie que j’ai emportée avec moi dans mes bagages, et qui m’aide justement à gérer ce retour et à ne pas me laisser enfermer dans la déprime des souvenirs d’une vie que je trouvais “mieux” ou plus facile, plus légère quand rien ne m’empêche de la vivre ici aussi.
Transformer le blues en nouveau départ
Comme tu as pu le lire, le retour après un long voyage n’est jamais facile. Il y a cette impression d’être entre deux mondes.
Accepter ce décalage, accueillir le vide, et surtout s’autoriser à avancer à son rythme… c’est ça qui va transformer le blues en opportunité.
Chaque voyage laisse des envies qui nous accompagnent. Et quand on les met en action, lorsqu’on se donne un cap et qu’on écoute ce que notre cœur nous dicte, on se rend compte que rentrer bah c’est loin d’être une fatalité finalement.
Alors si tu es de retour après un long périple, prends le temps de respirer, de poser tes valises et de décider ce que tu veux vraiment construire. Le voyage continue, simplement sous une autre forme.
Et crois-moi, ce n’est que le début d’une nouvelle aventure 🙂
Je comprends que le retour n’est pas chose facile a accepter et savoir si l’on a pris la bonne décision. Toi seule peut connaitre cette sensation. Sensation que tes proches ne peuvent pas forcement comprendre n’ayant jamais vécu ces différents « voyages » sur du long terme. Mais tu sais ainsi que ton binôme que ce n’est pas une fin et comme tu le dis ce n’est que le début d’une nouvelle aventure. je te souhaite que le meilleur et une vie pleine de projets à deux et réalisation des rêves..